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Mar 07

En finir avec la crise de la masculinité

Je vais vous faire taire définitivement.

Quand on saisit, sur internet,« en finir avec », la liste de ce dont on dit qu’il faut en finir avec est impressionnante, et on constate qu’il s’agit toujours de ce avec quoi on n’aura jamais fini de finir. Moi je dirais : il faut en finir avec le désir d’en finir avec. Mais je sais que cela ne finira jamais, parce qu’il s’agit d’en finir avec l’autre, celui qui ne pense pas ce que moi je crois juste, travers indéracinable de l’être humain.

Au fond c’est une posture virile. On a besoin d’en découdre, on monte sur le ring, c’est à dire la foire d’empoigne médiatique, et je “vais vous faire taire définitivement”.

Crise de la masculinité:

Un sujet qui monte. On doit être pour ou contre.

Dans le monde de nos grand-parents ou arrière grands-parents, l’alcoolisme, très majoritairement masculin faisait des ravages, les hommes incapables de communiquer étaient très nombreux, d’ailleurs on connaissait surtout le mot communiqué, par exemple communiqué militaire, mais pas tellement communiquer au sens où on l’entend maintenant. On pouvait, au moment du service militaire faire l’inventaire des faiblesses masculines, illettrisme très répandu…,  compensées par un virilisme de surface, du genre beuveries, gueulantes dans les rues etc…Cela existe encore.

Qu’est-ce qui a changé et qui est en train de changer ? Nous sommes en train de passer d’une société à une autre, évidemment pas dans sa totalité. C’est cela une crise. D’où, dans notre monde en évolution rapide et constante, la crise est un processus normal, on en parle tout le temps on la voit partout.

Le modèle social déclinant : des institutions et des entreprises fonctionnant sur l’organisation hiérarchique, le management (mot ici inadapté) fondé sur le commandement, les compétences recherchées : surtout des compétences techniques, et la capacité à obéir et à se faire obéir. La place de chacun définie par un statut, par exemple le statut d’homme défini par des droits spécifiques. Contrairement à ce qu’on pourrait croire si on focalise son attention sur internet, ce modèle existe encore, il est même dominant.

 Le modèle émergent : la forme réseau tend à gagner du terrain, en concordance avec le fonctionnement d’internet, le management devient collaboratif, les compétences recherchées sont d’abord relationnelles, les hommes, n’étant plus protégés par un statut, ont à trouver leur positionnement, affaire de tâtonnement et d’intuition. Important : la créativité devient une valeur centrale. Elle s’investit aussi sur soi-même : chacun devient créateur de ce qu’il devient.

Masculinistes et Anti-masculinistes

A ma gauche les masculinistes, courant surtout présent en Amérique du Nord, et aussi en France même s’ils ne prennent pas l’étiquette, le modèle Zemmour, et à ma droite, les anti-masculinistes. Pour ceux-ci, parler de crise de la masculinité c’est sous-jacent affirmer l’importance d’une différence hiérarchique entre les sexes :

 L’analyse de discours présentée ci-dessous permettra de constater que la « crise de la masculinité » participe d’un refus de la part des hommes de l’égalité et de leur réaffirmation de l’importance d’une différence hiérarchique entre les sexes.(Cairn)

Dupui-Deri Francis Le discours de la « crise de la masculinité » comme refus de l’égalité entre les sexes : histoire d’une rhétorique antiféministe, revue Cahiers du Genre, https://www.cairn.info/revue-cahiers-du-genre-2012-1-page-119.htm

Et en deçà des discours polémiques et généralisants, et plutôt que polémiquer sur des concepts, voici deux exemples d’hommes, de pères :

Être un père aujourd’hui

Dans mon bureau de principal adjoint, c’était il y a pas mal d’années à Saint-Denis, le père a tenu des propos extrêmement méprisants sur son fils: “tu n’arriveras jamais à rien”. Il est chinois, sa femme japonaise, ils se parlent en chinois, alors que le garçon ne parle que français. Il est cuisinier, il aimerait que son fils réussie, mais il ne sait pas l’accompagner et il ne le comprend pas. Il est frustré et déçu et probablement en grande mésestime de soi, qu’il projette sur son fils. C’est un exemple de rupture entre les générations très fréquente dans les familles immigrées, mais pas seulement. Forcément si l’homme et le père n’est pas à sa place, le fils exprime son besoin de reconnaissance comme beaucoup d’adolescents le font : « ils foutent le bordel ». Il arrive aussi que le mari et père, “mette les pouces” et s’en aille.

Une autre anecdote : je suis à un rassemblement estival d’un mouvement associatif, très actif aujourd’hui, et créateur d’écoles nouvelles. Le dirigeant est un homme. On le voit déambuler portant un bébé de quelques mois, son fils, dans un porte bébé contre son ventre. Cela ne pose pas de problème à sa virilité. Petit de taille et plutôt mince (fluet ?) mais sans complexe car sa force réside ailleurs : il anime ; il dirige, communique aisément, s’adresse avec tranquillité à un amphi plein. Il est leader, il n’a pas besoin d’exercer le pouvoir. Comme il est reconnu et valorisé dans son activité, il est capable de reconnaître et de valoriser autrui. Je parie que de lui à son fils, le passage de témoin ne posera pas de gros problèmes.

Et la galanterie c’est dépassé ?

Encore une anecdote, cette fois dans un TER, car je pratique le train+vélo, mode de déplacement très souple et économique. Et je pratique aussi, personne n’est parfait, la galanterie dont j’ai appris récemment qu’elle est plutôt mal vue au Québec : j’offre mon aide à une femme pour accrocher en l’air la roue avant de son vélo à un genre de crochet de boucher. Elle refuse et m’explique qu’elle met un point d’honneur à se passer d’aide même quand elle doit hisser une très lourde valise. En réalité moi-même, un homme, j’ai eu beaucoup de mal au début avec le vélo et le crochet, c’est un autre homme qui m’a montré la technique.

Prisonniers de modèles dépassés nous sommes : la galanterie n’est-elle pas un vestige de la société à domination masculine, une sorte de compensation?

Construire son positionnement masculin personnel

Il y a aujourd’hui ce paradoxe : on attend beaucoup des hommes et des pères. La plupart des femmes en attendent, comme avant, la protection, même symbolique, et la sécurité, l’épaule rassurante, on continue à pratiquer la galanterie : la femme d’abord.

En même temps les hommes doivent renoncer à toute domination dans la relation, et à tous comportements « machistes ». Ils doivent développer des qualités, repérées comme plus fréquentes parmi les femmes : l’écoute et l’empathie, sans crainte de se féminiser. C’est aussi parce que nous évoluons dans une société démocratique, fondée sur l’égalité en droit, notion associée à l’origine à l’émergence de celle d’être humain.

Chaque homme a à construire son positionnement masculin personnel, en dehors des normes, mais pas non plus en opposition aux normes, c’est-à-dire un ajustement entres ses valeurs, ses modèles, ses aspirations, son être profond, et les attentes sociales, y compris les attentes de femmes, aussi diverses que les hommes.

 Reste à savoir ce qui peut définir un positionnement masculin…

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